FORAESS 2026 : « L’ESS n’est plus une économie de survie, mais une économie de transition », affirme le Pr Sambou Ndiaye

Pr Sambou Ndiaye au FORAESS 2026

Interviewé par la MSAE à l’occasion de la deuxième édition du Forum africain de l’économie sociale et solidaire (FORAESS), le co-président du comité scientifique revient sur les principales résolutions adoptées à Dakar et souligne la nécessité de renforcer les mécanismes de financement des mutuelles et des autres acteurs de l’ESS.

En marge du FORAESS 2026, organisé à Dakar, la Mutuelle de Santé des Agents de l’État (MSAE) a rencontré le Professeur Sambou Ndiaye, enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis et co-président du comité scientifique du forum. Au cours de cet entretien, il est revenu sur les principaux acquis de cette deuxième édition, les défis de l’économie sociale et solidaire (ESS) en Afrique ainsi que sur la place des mutuelles dans la construction d’un modèle de développement plus inclusif.

Dakar réaffirme la place de l’ESS dans les politiques publiques africaines

Pour le Professeur Sambou Ndiaye, la deuxième édition du FORAESS marque une étape importante pour l’économie sociale et solidaire en Afrique.

Réunissant trente-cinq pays africains, le forum a permis, selon lui, de réaffirmer la volonté des États de positionner l’ESS comme un levier d’endogénéisation des économies, de résilience face aux crises, d’inclusion socio-économique et de transition des modèles de développement.

L’une des principales avancées de cette édition est, selon lui, la reconnaissance de l’économie sociale et solidaire dans les politiques publiques. Il souligne également que les participants ont convenu que l’ESS ne devait plus être considérée comme une simple économie de survie, mais comme une économie de transition fondée sur l’humain, la solidarité et l’équité.

Autre décision majeure annoncée à Dakar : la mise en place d’un comité consultatif des ministres africains en charge de l’économie sociale et solidaire. D’après le Pr Sambou Ndiaye, cette instance permettra de renforcer l’influence de l’ESS auprès des États et de l’Union africaine tout en favorisant une harmonisation des politiques publiques sur le continent.

Il se félicite également de la participation des collectivités territoriales, des partenaires au développement, des fondations, du secteur privé et des différents acteurs de l’ESS, qui ont manifesté leur volonté d’accompagner le développement du secteur.

Le manque de données, un défi majeur pour l’ESS

Le Professeur Sambou Ndiaye estime que l’un des principaux obstacles au développement de l’économie sociale et solidaire réside dans l’absence de données statistiques adaptées.

Selon lui, l’ESS représente une part importante de l’économie réelle en Afrique, notamment à travers la création d’emplois, la protection sociale et l’accès aux services de base. Pourtant, les systèmes statistiques nationaux ne disposent pas d’indicateurs spécifiques permettant de mesurer sa contribution.

Pour remédier à cette situation, il propose la mise en place de comptes satellites dédiés à l’ESS, la création d’un observatoire chargé d’étudier ses dynamiques, le développement de chaires universitaires spécialisées ainsi que la création d’une académie de formation.

Les mutuelles doivent disposer de moyens financiers plus importants

Interrogé par la MSAE sur la place des mutuelles dans l’économie sociale et solidaire, le Professeur Sambou Ndiaye rappelle que celles-ci constituent un instrument important d’accès au financement pour les populations qui ne remplissent pas toujours les conditions exigées par les banques classiques.

Il observe toutefois que les capacités financières des mutuelles demeurent limitées, ce qui réduit leur capacité d’intervention.

C’est pourquoi il appelle les pouvoirs publics à renforcer leur soutien au système financier décentralisé et plaide pour la création d’une banque panafricaine dédiée à l’économie sociale et solidaire afin d’offrir des mécanismes de financement adaptés aux mutuelles, aux coopératives, aux associations et aux autres organisations du secteur.

Renforcer l’accompagnement des mutuelles

Le Professeur Sambou Ndiaye souligne également que de nombreuses mutuelles rencontrent des difficultés faute d’un accompagnement suffisant.

Selon lui, un appui institutionnel, stratégique, financier et technique permettrait de consolider leur fonctionnement et de renforcer leur contribution au développement économique et social.

Il insiste également sur la nécessité d’améliorer la gouvernance des mutuelles et de mettre en place des mécanismes financiers adaptés aux réalités de l’économie sociale et solidaire.

En conclusion, le co-président du comité scientifique estime que le développement de l’ESS passe par une meilleure articulation entre les mutuelles, les structures de microfinance et les politiques publiques afin de proposer des solutions de financement accessibles et durables au service des populations.

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